86 % des PME s'attendent à ce que leur entreprise existe encore dans dix ans. Par ailleurs, la dernière étude d’AXA sur le marché de l’emploi menée auprès des PME révèle une perte considérable de confiance vis-à-vis des États-Unis, à la fois en tant que pôle économique que moteur de l’innovation.
Perturbations de la politique commerciale, évolutions fulgurantes dans le domaine de l’intelligence artificielle, marché du travail tendu et dépendance croissante envers des partenaires étrangers: les défis auxquels sont confrontées les PME suisses sont multiples. Les résultats de l’étude sur le marché du travail menée cette année auprès des PME montrent d’ailleurs que 43% des entreprises jugent la situation économique de leur secteur incertaine. Et pourtant, un pourcentage impressionnant de 86% des PME estime probable que leur entreprise existera encore dans dix ans. «Malgré l’instabilité croissante de l’économie mondiale, les questions de sécurité internationale et la transformation numérique, les PME se sentent fondamentalement résilientes. Cette résilience montre que les entreprises ont une grande confiance dans la stabilité à long terme de la place économique suisse, même si leur environnement immédiat devient plus volatil», explique Reinhard Schmid, responsable Clientèle Entreprises chez AXA Suisse.
La hausse des coûts devient un facteur de pression
La hausse des coûts est de loin la préoccupation la plus fréquente des PME. 65% des entreprises interrogées la considèrent comme un facteur de pression économique croissant. En deuxième position arrive la pression concurrentielle croissante en Suisse (29%), suivie par la baisse de la fidélité des clients (26%). Les entreprises fortement dépendantes des exportations ou des importations de marchandises craignent en outre la pression concurrentielle croissante en provenance de l’étranger (33%), la dépendance vis-à-vis d’autres pays (28%) ainsi que les risques liés aux taux de change (27%).
Au moins trois quarts des PME ont pris des mesures au cours des deux dernières années pour se prémunir contre les fluctuations économiques: les PME actives à l’international optent notamment pour une diversification stratégique de leur offre (39%), de leurs marchés de vente (26%) et de leurs chaînes d’approvisionnement (24%), ou ont renforcé leurs stocks (22%) afin d’être plus résilientes. En revanche, les entreprises axées sur le marché intérieur ont nettement moins souvent pris de mesures de ce type.
Les droits de douane touchent le plus durement les PME actives à l’international
Lorsqu’on interroge les PME sur les bouleversements les plus importants, la plupart citent les évolutions dans le domaine de l’intelligence artificielle (34%), ainsi que la connectivité numérique et les infrastructures (34%). Pour les PME fortement dépendantes des exportations ou des importations de marchandises, ce sont toutefois les bouleversements internationaux qui occupent la première place: quatre entreprises sur dix fortement dépendantes de l’étranger considèrent les droits de douane américains comme un bouleversement majeur pour leurs activités, un chiffre près de deux fois plus élevé que chez les entreprises peu dépendantes de l’étranger (23%). La situation internationale préoccupe également un bon tiers des entreprises actives à l’international (35%), contre seulement un peu plus d’un quart des PME axées sur le marché intérieur (27%).
Malgré les incertitudes économiques, les PME jugent leur modèle économique sûr
Malgré ces bouleversements profonds, près de deux tiers (65%) des PME considèrent que leur modèle économique actuel est solide, tandis que 29% le jugent précaire. Le secteur d’activité joue ici un rôle important. Alors que parmi les prestataires de services, 30% des entreprises estiment que leur modèle économique est menacé, l’évaluation est plus optimiste dans le secteur manufacturier, avec 23%. La différence est encore plus marquée en ce qui concerne les interdépendances internationales. Quatre PME sur dix fortement liées à l’étranger (38%) s’inquiètent actuellement pour leur modèle économique. Parmi les entreprises opérant localement, seules 26% partagent ces craintes. «L’inquiétude concernant le modèle économique propre à l’entreprise est donc la plus forte chez les entreprises où la dépendance vis-à-vis des chaînes d’approvisionnement internationales ou des décideurs étrangers se fait le plus sentir. Le fait qu’une nette majorité d’entreprises considère néanmoins son modèle comme sûr témoigne de la confiance des PME en leur propre capacité d’adaptation», explique Reinhard Schmid.
La Suisse et la Chine gagnent du terrain, les États-Unis en perdent
Aux yeux des PME interrogées, les rapports de force mondiaux vont évoluer. Quelque 44% s’attendent à ce que la Suisse gagne en importance au cours des cinq prochaines années, et une proportion identique prévoit la même évolution pour la Chine. En ce qui concerne les États-Unis, en revanche, seules 19% des PME tablent sur une influence accrue, tandis que près d’un tiers d’entre elles estiment que ce pays perdra de son importance économique. Le verdict est encore plus marqué en matière de capacité d’innovation: 63% des PME interrogées considèrent la Suisse comme très innovante dans leur propre secteur, contre 45% pour la Chine. Les États-Unis sont loin derrière, avec seulement 31%. Du point de vue des PME suisses, le rôle de pionnier que jouaient autrefois les États-Unis semble remis en question. «Cela pourrait s’expliquer par le fait que nos PME opèrent dans des niches où les États-Unis sont généralement moins moteurs d’innovation. Mais il est également possible que la confiance dans la capacité d’innovation des États-Unis ait souffert des turbulences politiques que ce pays a connues ces dernières années», explique Michael Hermann, directeur de Sotomo.
Les dépendances internationales suscitent des inquiétudes, notamment en matière de solutions informatiques
Une majorité d’entreprises (57%) s’inquiète par ailleurs de la dépendance vis-à-vis des solutions informatiques utilisées dans les PME suisses. En effet, celles-ci proviennent pour la plupart des États-Unis. Il est toutefois difficile de s’en affranchir: alors que 15% des entreprises se sont déjà tournées vers des alternatives européennes et que 13% supplémentaires prévoient de leur emboîter le pas, le groupe le plus important (29%) n’a jusqu’à présent pris aucune mesure, malgré les inquiétudes existantes.
La pénurie de main-d’œuvre reste élevée
Outre les défis économiques, les questions de personnel continuent de préoccuper les PME. Pas moins de 41% des entreprises citent toujours la pénurie de main-d’œuvre comme leur principal défi. On observe toutefois un écart entre les secteurs: dans l’industrie manufacturière, la proportion de PME confrontées à des problèmes de recrutement est passée de 45% à 65% depuis 2022, tandis qu’elle est restée stable dans le secteur des services. En fait, le secteur de la production manque tout simplement de candidats: la moitié des entreprises reçoivent trop peu de candidatures, voire aucune. Dans le secteur des services, en revanche, ce sont surtout les qualifications adéquates qui font défaut. «Apparemment, le secteur de la production souffre non seulement d’un problème de main-d’œuvre qualifiée, mais aussi d’une pénurie générale de main-d’œuvre», résume Reinhard Schmid.
Plus de chômeurs, mais pas moins de difficultés de recrutement
Les problèmes de recrutement sont d’autant plus frappants que le taux de chômage est passé de 1,9% à 3,1% depuis son niveau le plus bas atteint en 2023. Pourtant, malgré le nombre croissant de demandeurs d’emploi, un tiers des PME continue de percevoir le processus de recrutement comme de plus en plus difficile, tandis que quatre entreprises sur dix ne constatent aucun changement. Le marché du travail suisse présente donc – du moins du point de vue des PME interrogées – des divergences croissantes. Malgré la hausse du nombre de chômeurs, la recherche de main-d’œuvre adaptée reste une tâche herculéenne pour la majorité des PME.
Les études ne sont plus un gage d’emploi
Reste à savoir si l’offre et la demande sur le marché du travail suisse s’éloignent l’une de l’autre. Lorsqu’on interroge les entreprises sur les besoins en personnel de demain, les PME privilégient l’apprentissage plutôt que l’université: un tiers des entreprises prévoit d’embaucher plutôt moins de diplômés de l’enseignement supérieur au cours des cinq prochaines années. En revanche, seules 15% prévoient de recruter davantage de diplômés de l’enseignement supérieur, tandis que 42% tablent sur une évolution stable. Dans l’ensemble, les PME s’attendent donc à une stagnation, voire à une baisse, de leurs besoins en diplômés de l’enseignement supérieur, ce qui va à l’encontre de la tendance générale à l’académisation.
Aujourd’hui, un diplôme universitaire n’est plus un gage d’emploi: 63% des PME interrogées conseilleraient plutôt aux jeunes en fin de scolarité de suivre un apprentissage afin de s’assurer les meilleures chances professionnelles. Pour un peu plus des deux tiers des PME, un diplôme universitaire n’est pas non plus un prérequis pour accéder à un poste de direction au sein de leur entreprise. Cette vision pragmatique est particulièrement marquée dans le secteur de la production, où elle atteint 79%. «Dans un contexte où le nombre de diplômés ne cesse d’augmenter, on peut se demander s’il existe en Suisse un fossé entre les qualifications des demandeurs d’emploi et les besoins des entreprises», explique Michael Hermann, directeur de Sotomo. (cp/hzi/pg)